Court-bouillon antillais de poisson, mariné au citron

Par Guillaume · publié le · Poissons & fruits de mer

Mains pressant un citron vert au-dessus de six darnes de poisson qui marinent dans un plat en verre avec l'ail râpé, citrons verts pressés, vinaigre pimenté, oignons, tomates, grains et feuilles de bois d'Inde
Court-bouillon antillais

Le pas à pas

Les étapes

  1. Si le poissonnier ne l'a pas fait, écaillez et videz les poissons, puis coupez-les en darnes de 3 cm environ, arête comprise. Lavez les morceaux dans un saladier d'eau froide additionnée du jus d'un citron vert, rincez et égouttez.

  2. Dans un plat creux en verre, en terre ou en inox, jamais en aluminium, disposez le poisson. Salez, répartissez l'ail râpé, versez le vinaigre et le jus des six citrons, plus le verre d'eau si le poisson ne tient pas dans le jus. Retournez les morceaux pour bien les enrober. Couvrez et laissez mariner 2 h au réfrigérateur, en les retournant à mi-temps.

    Minuteur — 120 min
  3. À la fin de la macération, lancez le riz en même temps que vous faites fondre les oignons de l'étape suivante : rincez-le jusqu'à ce que l'eau soit claire, mettez-le dans une casserole avec l'eau et le sel, portez à ébullition, puis couvrez et laissez cuire à feu très doux jusqu'à ce que l'eau soit entièrement absorbée. Laissez reposer 5 minutes à couvert, hors du feu.

    Minuteur — 12 min
  4. Dans une marmite large, faites chauffer l'huile à feu moyen. Faites-y fondre les oignons sans les colorer, puis ajoutez les tomates et laissez-les s'écraser. Ajoutez les grains de bois d'Inde écrasés et les feuilles cassées.

    Minuteur — 8 min
  5. Déposez les darnes dans la marmite en une seule couche, avec tout le jus de macération. Le liquide doit arriver à mi-hauteur du poisson : ajoutez un peu d'eau s'il en manque. Laissez mijoter à couvert, à petit frémissement, en retournant délicatement les morceaux à mi-cuisson pour qu'ils cuisent des deux côtés dans le jus.

    Minuteur — 15 min
  6. Vérifiez la cuisson : la chair doit être opaque jusqu'à l'arête et s'en détacher sans effort. Goûtez la sauce et rectifiez le sel. Servez aussitôt, bien chaud, avec le riz.

Marmite de darnes de poisson en une couche dans une sauce courte aux oignons, à la tomate et au bois d'Inde, assiette servie avec du riz blanc et demi-citron vert
Une sauce courte, qui sent le citron et le bois d'Inde

Un court-bouillon qui n’en est pas un

Le mot trompe. En cuisine française, un court-bouillon est un liquide parfumé où l’on poche un poisson avant de le jeter. Le court-bouillon antillais est un plat : des darnes de poisson marinées au citron et à l’ail, puis mijotées un quart d’heure dans une sauce courte d’oignon et de tomate, qu’on mange avec du riz. On le prépare en Martinique comme en Guadeloupe, chaque cuisine avec sa dose de piment.

Cette recette court sur deux pages des papiers de Jane, sous le titre « Court-bouillon de poisson ». La fiche ne dit pas d’où elle vient ; le bois d’Inde et la petite fiole de vinaigre la situent aux Antilles. Elle est détaillée, mais ne dit ni quels poissons prendre ni combien. J’ai complété ces deux points et la cuisson du riz, et j’ai pris des citrons verts, ceux qu’on entend par « citron » aux Antilles ; la fiche dit seulement « citrons ». Elle insiste en revanche sur un temps : « La macération doit durer 2 heures. » Et elle se termine par deux conseils, « Manger chaud. Avec du riz de préférence. », suivis d’un post-scriptum sur le bois d’Inde.

Quels poissons pour un court-bouillon ?

Il faut un poisson à chair ferme, qui tienne à la cuisson, coupé en darnes avec son arête. L’arête garde la chair en place et donne du goût à la sauce. Aux Antilles, on prend le vivaneau, le capitaine, le thazard ou la carangue. En métropole, la daurade, le bar, le pageot ou le mulet font très bien l’affaire. Les poissons à chair feuilletée, comme le cabillaud ou le merlan, se délitent dans la marmite.

Comptez 1,5 kg de poisson entier vidé pour six, soit 800 g à 1 kg de chair. La fiche dit de couper les morceaux « suivant leur grosseur », puis de les laver au citron et à l’eau. Ce premier lavage, courant aux Antilles, retire l’odeur de marée avant la macération.

Le vinaigre « de la petite fiole »

La fiche demande « 2 cuillerées de vinaigre de la petite fiole, mais pas de piment ». Aux Antilles, beaucoup de cuisines gardent une petite bouteille de vinaigre où macèrent des piments, parfois avec de l’ail ou de la cive ; on en verse quelques gouttes dans les plats. Je lis la phrase ainsi : le vinaigre, parfumé et un peu piquant, sans le piment lui-même. Le plat garde une chaleur discrète.

À défaut de fiole, un vinaigre de vin blanc dans lequel on a laissé tremper un petit piment coupé pendant une journée la remplace. Sinon, un vinaigre blanc et une pointe de piment de Cayenne.

Qu’est-ce que le bois d’Inde ?

Le bois d’Inde est un arbre des Antilles, de la même famille que le piment de la Jamaïque. Ses feuilles et ses petites baies sentent le girofle, la cannelle et le citron ; elles ne piquent pas. Le post-scriptum de la fiche en demande « 3 grains de bois d’Inde écrasés et 3 feuilles cassées », à mettre dans la sauce au début de la cuisson. On en trouve séché dans les épiceries antillaises. À défaut, trois baies de piment de la Jamaïque et une feuille de laurier s’en approchent, sans le remplacer tout à fait.

Cuire sans défaire le poisson

La cuisson est courte : un quart d’heure à petit frémissement, le poisson à moitié immergé dans son jus de macération. La fiche demande de retourner les morceaux « pour qu’ils cuisent des deux côtés dans le jus » ; on le fait une seule fois, avec une spatule large, pour ne pas les briser. La chair est cuite quand elle est opaque jusqu’à l’arête et s’en détache sans effort. Le citron de la marinade ne dispense pas de cette vérification : il parfume la chair, il ne la cuit pas à cœur.

Le court-bouillon ne se réchauffe pas bien. Il se sert tout de suite, sur le riz, avec la sauce. Le carry de poisson, venu d’une autre île dans les mêmes papiers, se sert lui aussi sur du riz ; et les acras de morue viennent eux aussi des Antilles. Le court-bouillon est rangé avec les autres poissons et fruits de mer du site.

Les questions qu'on me pose

Quel poisson choisir pour un court-bouillon antillais ?

Un poisson à chair ferme, coupé en darnes avec l'arête : vivaneau, capitaine, thazard aux Antilles ; daurade, bar, pageot ou mulet en métropole. Les poissons à chair feuilletée, comme le cabillaud ou le merlan, se défont trop vite.

Qu'est-ce que le bois d'Inde ?

Une épice antillaise, feuilles et baies, au parfum de girofle ; elle ne pique pas.

Peut-on le faire avec des filets ?

Oui, avec des filets épais et sans peau, mais réduisez la cuisson à 8 à 10 minutes et ne les retournez qu'avec précaution : sans arête, ils se défont plus vite.

Quel riz servir avec un court-bouillon ?

Un riz blanc long, nature, cuit à l'eau : il doit prendre la sauce sans lui faire concurrence.

Le court-bouillon antillais est-il pimenté ?

Il l'est souvent, avec un piment frais ajouté en fin de cuisson. Cette version ne met que le vinaigre dans lequel des piments ont macéré, ce qui donne une chaleur légère. Chacun peut ajouter du piment à table.

Peut-on le préparer à l'avance ?

Lancez la macération deux heures avant de passer à table, pas plus tôt. Le plat cuit, en revanche, se sert aussitôt : réchauffé, le poisson se défait. S'il en reste, gardez-le un jour au réfrigérateur et réchauffez-le doucement à couvert, jusqu'à ce qu'il soit bien chaud.