Blanquette de veau, la recette traditionnelle et sa sauce liée

Par Guillaume · publié le · Mijotés & plats du dimanche

Mains versant la liaison de crème et de jaunes dans un velouté ivoire hors du feu, cocotte de veau poché, oignons grelots et champignons blancs, carottes en rondelles, citron pressé et muscade
Blanquette de veau

Le pas à pas

Les étapes

  1. Mettez les morceaux de veau dans une grande cocotte, couvrez-les largement d'eau froide et portez à ébullition. Dès que l'eau bout, une écume grise monte : laissez bouillir 2 minutes, puis égouttez la viande dans une passoire. Rincez-la sous l'eau froide, morceau par morceau, et rincez aussi la cocotte. C'est ce blanchiment qui gardera la sauce blanche.

    Minuteur — 2 min
  2. Remettez la viande dans la cocotte propre, versez les 2,5 L d'eau froide et portez doucement à frémissement. Écumez les dernières impuretés, puis ajoutez les carottes, l'oignon clouté, le blanc de poireau, le céleri, le bouquet garni, le gros sel et le poivre blanc. Laissez cuire à frémissement doux, couvercle entrouvert, pendant 1 h 30.

    Minuteur — 90 min
  3. Pendant ce temps, glacez les oignons à blanc. Dans une petite casserole, mettez les oignons grelots, 10 g de beurre, la pincée de sucre, une pincée de sel et de l'eau juste à hauteur. Couvrez d'un disque de papier cuisson et laissez cuire à feu moyen jusqu'à ce que l'eau soit presque évaporée et que les oignons soient tendres et brillants, sans prendre de couleur.

    Minuteur — 15 min
  4. Coupez les champignons en quatre s'ils sont gros, laissez-les entiers s'ils sont petits. Mettez-les dans une casserole avec 10 g de beurre, le jus d'un demi-citron, 5 cl d'eau et une pincée de sel. Couvrez et laissez cuire à feu vif, jusqu'à ce qu'ils aient rendu leur eau et soient tendres sous la pointe du couteau. Le citron les garde blancs. Égouttez-les et gardez leur jus de cuisson.

    Minuteur — 8 min
  5. Vérifiez la viande : la pointe d'un couteau doit s'y enfoncer sans résistance. Retirez les morceaux à l'écumoire et gardez-les au chaud dans un plat couvert, avec une louche de bouillon pour qu'ils ne sèchent pas. Filtrez le bouillon au chinois. Gardez les carottes, coupées en rondelles, et jetez le reste de la garniture aromatique. Mesurez 1 L de bouillon pour la sauce et 50 cl pour le riz.

  6. Lancez le riz : rincez-le, versez-le dans une casserole avec les 50 cl de bouillon chaud, portez à ébullition, puis couvrez et laissez cuire à feu très doux sans soulever le couvercle. Hors du feu, laissez-le reposer 5 minutes, toujours couvert.

    Minuteur — 18 min
  7. Préparez le roux blanc. Dans une grande casserole à fond épais, faites fondre les 50 g de beurre à feu moyen, ajoutez la farine d'un coup et remuez au fouet sans arrêt. Le roux doit mousser et sentir le biscuit, mais rester blanc : s'il blondit, il colorera la sauce.

    Minuteur — 2 min
  8. Versez le litre de bouillon chaud sur le roux en fouettant vivement, puis ajoutez le jus des champignons. Portez à ébullition sans cesser de fouetter, puis laissez cuire à frémissement en remuant de temps en temps. Le velouté doit napper la cuillère et ne plus avoir le goût de farine.

    Minuteur — 15 min
  9. La liaison. Dans un bol, mélangez les 2 jaunes d'œufs et la crème. Versez une louche de velouté chaud sur ce mélange en fouettant, pour le tiédir. Retirez la casserole du feu, versez-y le contenu du bol en remuant, puis ajoutez le jus du demi-citron restant et une râpure de muscade. Goûtez et rectifiez le sel. À partir de ce moment, la sauce ne doit plus jamais bouillir.

  10. Égouttez la viande, mettez-la dans la sauce avec les champignons, les oignons glacés et les rondelles de carotte. Réchauffez à feu très doux en remuant délicatement, sans laisser frémir : la sauce doit fumer légèrement, pas bouger. Servez aussitôt avec le riz, parsemé d'un peu de persil plat ciselé.

    Minuteur — 5 min
Assiette de blanquette de veau à la sauce ivoire, champignons et oignons grelots blancs, carottes et riz blanc, cocotte crème ouverte, pain et vin blanc
Blanc ivoire, nappante, et pas un grain

La blanquette, ou l’art de ne rien colorer

Le mot dit tout : une blanquette de veau est un plat blanc. Pas de viande saisie, pas de sucs caramélisés au fond de la cocotte, pas de roux qui blondit. Là où le bœuf bourguignon tire son goût de la coloration, la blanquette le tire de la patience : une viande pochée doucement, un bouillon qu’on transforme en velouté, une liaison à la crème et au jaune d’œuf ajoutée au dernier moment.

Ce n’est pas une recette des papiers de Jane, mais un classique de la cuisine familiale française, que je transmets ici. Tout ce qui peut la rater se joue dans les vingt dernières minutes. La viande pardonne presque tout : une heure et demie à frémissement, et elle est tendre. La sauce ne pardonne rien. Qu’elle reprenne l’ébullition après la liaison, et les jaunes cuisent en grains.

Quels morceaux de veau choisir ?

Une blanquette se fait avec plusieurs morceaux à mijoter, qui n’apportent pas la même chose. L’épaule donne une viande tendre qui garde sa forme. Le tendron, coupé dans la poitrine, contient des cartilages qui fondent à la cuisson : c’est lui qui donne à la sauce son corps et son léger collant. Le flanchet ou le collier complètent, plus fermes.

Comptez 1,6 kg de viande pour 6 personnes, en morceaux de 5 cm environ. Plus petits, ils se défont ; plus gros, ils cuisent inégalement. Évitez la noix et le quasi, qui sont faits pour rôtir : trop maigres, ils sèchent au bout d’une heure et demie.

Blanchir la viande : l’inverse du pot-au-feu

Le pot-au-feu et la blanquette démarrent tous deux à l’eau froide, mais pour des raisons opposées. Dans le pot-au-feu, on écume sans jamais rincer, parce que ce qui sort de la viande fait le bouillon. Dans la blanquette, on blanchit : deux minutes d’ébullition dans une première eau, puis on égoutte et on rince la viande et la cocotte.

Ce premier bouillon, gris et trouble, emporte les protéines qui auraient terni la sauce. On repart ensuite d’une eau propre, avec la garniture aromatique : carottes, oignon piqué de girofle, blanc de poireau, céleri, bouquet garni. Le poivre est blanc, en grains, pour ne laisser aucun point noir dans la sauce.

Champignons et petits oignons, cuits à part

Les champignons et les oignons grelots ne cuisent pas avec la viande : ils y perdraient leur tenue et teinteraient le bouillon. Les oignons sont glacés à blanc, avec un peu d’eau, de beurre et une pincée de sucre, jusqu’à ce que l’eau s’évapore et les laisse brillants, sans couleur. Les champignons cuisent quelques minutes à couvert avec du beurre et un jus de citron, qui les empêche de noircir. Leur jus de cuisson rejoint ensuite la sauce.

La sauce : un velouté, puis la liaison

La sauce d’une blanquette est un velouté : un roux blanc, beurre et farine à parts égales, mouillé avec le bouillon de cuisson filtré. Le roux doit mousser sans blondir ; le velouté doit cuire un quart d’heure pour perdre son goût de farine.

Vient ensuite la liaison : jaunes d’œufs et crème, tiédis avec une louche de velouté, versés hors du feu. C’est le moment où la blanquette se joue. La sauce devient ivoire et nappante, et elle ne doit plus bouillir, même pour réchauffer la viande. Un filet de citron et une râpure de muscade la terminent.

Servir, garder, réchauffer

Le riz est l’accompagnement classique. Cuit dans une partie du bouillon, il prend le goût de la blanquette au lieu de lui faire concurrence. Des pommes de terre vapeur font aussi l’affaire.

La blanquette est meilleure le lendemain, à condition de la réchauffer doucement. Le plus sûr est de s’arrêter au velouté la veille et de faire la liaison au moment de servir. Pour la congeler, même règle : avant la liaison. Elle a sa place parmi les autres mijotés du dimanche, dont plusieurs gagnent à être préparés la veille.

Les questions qu'on me pose

Quels morceaux de veau pour une blanquette ?

Un mélange, jamais un seul morceau : un morceau qui se tient (épaule), un morceau gélatineux (tendron) et un morceau plus ferme (flanchet ou collier). Comptez 1,6 kg pour 6. Les morceaux à rôtir comme la noix sont à éviter.

Pourquoi la sauce de ma blanquette a-t-elle tranché ?

Presque toujours parce qu'elle a bouilli après l'ajout des jaunes d'œufs, qui ont coagulé en grains. Pour rattraper une sauce légèrement grenue, retirez la viande et la garniture à l'écumoire, puis passez la sauce seule quelques secondes au mixeur plongeant avant de tout remettre. La prochaine fois, versez la liaison hors du feu et réchauffez sans laisser frémir.

Faut-il blanchir la viande de la blanquette ?

Oui, si vous voulez une sauce vraiment blanche. Le blanchiment, deux minutes d'ébullition suivies d'un rinçage, élimine les impuretés qui griseraient le bouillon. Certaines recettes s'en dispensent et se contentent d'écumer : la blanquette reste bonne, mais sa sauce est plus terne.

Combien de temps faut-il cuire une blanquette de veau ?

1 h 30 à frémissement doux après le blanchiment, pour des morceaux de 5 cm. Le tendron demande parfois 15 minutes de plus. Il faut compter ensuite une vingtaine de minutes pour la sauce, soit environ 3 h du début à la fin, préparation comprise.

Peut-on préparer une blanquette la veille ?

Oui, et elle y gagne. Le plus sûr est de tout préparer jusqu'au velouté, de garder la viande et la garniture dedans au réfrigérateur, puis de faire la liaison à la crème et au jaune d'œuf le jour même, au moment de réchauffer. Mettez-la au frais dans les deux heures qui suivent la cuisson : elle se garde deux jours. Une blanquette déjà liée se réchauffe aussi, à feu très doux et sans ébullition, jusqu'à ce qu'elle soit bien chaude à cœur.

Que servir avec une blanquette de veau ?

Du riz blanc, idéalement cuit dans le bouillon de la blanquette : c'est l'accompagnement classique, qui absorbe la sauce. Des pommes de terre vapeur ou des tagliatelles fraîches conviennent aussi. Côté vin, un blanc sec, comme un bourgogne blanc ou un chenin de Loire.

Peut-on congeler une blanquette ?

Oui, à condition de la congeler avant la liaison. La viande dans son velouté se garde trois mois au congélateur. La crème et les jaunes d'œufs, eux, tranchent à la décongélation. Décongelez-la une nuit au réfrigérateur, réchauffez le velouté en fouettant (il peut, lui, reprendre un bouillon franc), puis faites la liaison hors du feu.