Guignolet, au vin et aux feuilles de guignier

Par Guillaume · publié le · Boissons apéritives

Mains versant du vin rouge sucré d'une casserole émaillée dans une jarre en grès où baignent des feuilles de guignier, feuilles dentées sur un torchon, bouteilles de vin, sucre et alcool sur une table en bois
Guignolet

Le pas à pas

Les étapes

  1. Première fiche. Rincez les feuilles de guignier à l'eau froide, essuyez-les et laissez-les entières. Mettez-les au fond d'une jarre en grès ou d'un bocal en verre d'au moins 5 L, parfaitement propre.

  2. Faites dissoudre le sucre par petites quantités : dans une casserole, mettez une partie du sucre avec un peu de vin, chauffez doucement en remuant jusqu'à ce qu'il soit fondu, sans laisser bouillir, et versez aussitôt sur les feuilles. Recommencez jusqu'à épuisement du sucre, puis versez le vin restant.

  3. Ajoutez l'alcool, remuez, couvrez. Laissez macérer 7 à 8 jours dans un endroit frais et sombre, en brassant une fois par jour avec une cuillère en bois. Ne prolongez pas la macération.

  4. Soutirez : prélevez le vin à la louche ou au tuyau, sans remuer le dépôt, en laissant les feuilles au fond. Filtrez-le à travers un linge fin, puis mettez-le en bouteilles propres et bouchez. Jetez les feuilles sans les presser.

  5. Seconde fiche, la version rapide. Versez le côtes-du-rhône, la grenadine et le kirsch fantaisie dans un grand récipient, mélangez bien et mettez aussitôt en bouteilles. Il se boit tout de suite.

Deux petits verres à pied de guignolet rouge rubis et une carafe à moitié pleine sur un plateau en bois, bouchon posé à côté, feuilles de guignier sur un torchon de lin
Rouge rubis, en petits verres, avant le repas

Le guignolet, une liqueur de guignes

Le guignolet tient son nom de la guigne, une cerise douce, sombre et tendre, qui pousse sur le guignier. Angers en a fait sa liqueur au XIXe siècle, et le guignolet-kirsch, mêlé d’eau-de-vie de cerise, est devenu un apéritif courant. On trouve aussi des guignolets maison sans fruit.

Deux fiches, deux guignolets

Les papiers de Jane en gardent deux, sur deux feuillets différents. La première, « pour 15 litres de vin », n’utilise pas les cerises mais les feuilles de l’arbre : « 15 litres de bon vin rouge 12° », 3 kilos de sucre, « 300 g de feuilles de guignier bien propres » et un litre d’alcool à 90°. Le sucre fondu peu à peu dans une casserole, l’alcool ajouté, on laisse « macérer 7 à 8 jours en brassant tous les jours, et soutirer ensuite ». C’est donc un vin aromatisé aux feuilles plus qu’une liqueur.

La seconde, sur une page d’agenda qui porte aussi la crème au beurre d’une bûche au café, s’appelle « Guignolet kirsch » : deux litres de côtes-du-rhône, un litre de grenadine, « 1/2 litre de kirsch fantaisie », mélangés et mis en bouteilles. La fiche conclut : « Se consomme de suite ». Le kirsch fantaisie est un kirsch de coupage, moins cher que le kirsch pur, surtout employé en cuisine et dans ce genre de mélange. Aujourd’hui, les kirschs vendus pour la cuisine sont souvent salés ou aromatisés et ne se boivent pas : pour ce mélange, il faut un kirsch de consommation.

Ramener quinze litres à trois

La première fiche compte quinze litres. Je l’ai divisée par cinq en gardant la proportion d’origine : 3 litres de vin, 600 grammes de sucre, 60 grammes de feuilles, 20 centilitres d’alcool à 90°. Cet alcool doit être alimentaire. L’alcool à 90° des pharmacies est dénaturé et ne se boit pas ; à défaut d’alcool alimentaire, 45 centilitres d’alcool pour fruits à 40° apportent la même quantité d’alcool. La fiche s’arrête au soutirage : le filtrage au linge et la mise en bouteilles sont de moi. La seconde fiche est laissée telle quelle. Les quantités de la liste couvrent les deux fiches : chacune donne environ cinq bouteilles.

Les feuilles de guignier sont-elles dangereuses ?

Comme celles du pêcher, les feuilles de cerisier contiennent des composés cyanogènes, ceux qui donnent aux noyaux leur goût d’amande. D’où les mêmes règles : on ne force ni la quantité de feuilles ni la durée de macération, on les garde entières, on les retire sans les presser, et on ne cueille que sur un arbre non traité. Et on ne confond pas le guignier avec le laurier-cerise des haies, aux feuilles épaisses et luisantes, bien plus riche en ces composés : ses feuilles ne s’emploient jamais en cuisine.

Servir et garder

Le guignolet aux feuilles titre autour de 15°, la version au kirsch autour de 12 ou 13°. Servez-les frais, en petits verres, à l’apéritif. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé : à consommer avec modération. Pour d’autres apéritifs faits à la maison, voir les boissons apéritives.

Les questions qu'on me pose

Qu'est-ce que le guignolet ?

Une liqueur de guignes, petites cerises douces et sombres, dont Angers a fait une spécialité au XIXe siècle. Le guignolet-kirsch mêle cette liqueur à du kirsch. Les versions maison sont souvent plus simples : des vins sucrés, parfumés et relevés d'alcool.

Quelle différence entre guignolet et guignolet-kirsch ?

Le guignolet est à base de guignes ; le guignolet-kirsch y ajoute du kirsch, une eau-de-vie de cerise, qui lui donne une note d'eau-de-vie plus marquée. Les deux se servent frais, à l'apéritif.

Les feuilles de cerisier sont-elles toxiques ?

Elles contiennent, comme les noyaux, des composés qui peuvent libérer du cyanure. On les utilise en quantité limitée, entières, sur une durée courte, et on ne les consomme jamais telles quelles. Ce vin se boit en petits verres.

Peut-on utiliser de l'alcool à 90° de pharmacie ?

Non. L'alcool vendu en pharmacie est dénaturé, souvent au camphre, et il n'est pas buvable. Il faut un alcool alimentaire, ou le remplacer par un alcool pour fruits à 40°, en plus grande quantité.

Combien de temps se garde un guignolet maison ?

Quelques mois en bouteille bouchée, au frais et à l'abri de la lumière. Une fois la bouteille ouverte, gardez-la au réfrigérateur et finissez-la en deux à trois semaines.